Le constat initial
Les effets de l’enseignement standard
Qu’observions-nous dans nos classes ? En quelques mots, des écarts entre nos élèves, dont les niveaux semblaient de plus en plus hétérogènes, et le découragement et la démotivation de certains d’entre eux qui, soit s’ennuyaient, soit décrochaient. Nous ne pouvions nous résoudre ni à la bonne conscience (« nous faisons de notre mieux ») ni au fatalisme : se satisfaire de la seule réussite de ceux qui le « méritent » et considérer que les autres « n’ont pas leur place au lycée ». Nous avions conscience des limites d’un enseignement « standard » qui, s’adressant plus ou moins de la même manière à tous les élèves, se montrait « indifférent aux différences » et aux écarts de compétences entre eux. Conjugué au système de notation, qui tend à transformer l’évaluation en comparaisons plus ou moins explicites, voire en compétition, cela débouchait inévitablement sur un classement, une hiérarchie entre « forts, moyens et faibles », qui nourrissait la démotivation et creusait encore plus les écarts. Comment sortir de ce cercle vicieux ?
L’introduction de la perspective actionnelle était-elle de nature à remotiver nos élèves ? Le CECRL proposait des outils sans réel équivalent dans les autres disciplines, les paliers ou échelles de compétences, qui laissaient entrevoir la possibilité d’une autre évaluation. Mais comment en tirer parti ?
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Quelques éléments de bilan pour conclure
Personnaliser les situations d’apprentissage, comme nous avons décidé de le faire pour dépasser les limites d’un enseignement standard, n’est en rien contradictoire avec un enseignement collectif, au contraire : cela nous a conduites à adopter une perspective bien plus globale qu’auparavant puisque notre action couvre désormais l’ensemble d’une classe d’âge, de son entrée à sa sortie du lycée, et, simultanément, à connaître bien mieux un plus grand nombre d’élèves.
S’adresser à tous les élèves tout en s’adaptant à chacun équivaut à dispenser un enseignement qui conjugue l’efficacité et l’équité :
- l’efficacité consiste à s’approcher le plus possible de l’objectif de conduire tous les élèves —100%— au minimum au palier de compétences standard exigé en fin de scolarité secondaire (B1 en LV2), au-delà si possible. L’analyse des résultats au baccalauréat montre que, si nous n’y parvenons pas encore complètement, la dynamique collective instaurée par ¡Progresemos ! tend à nous rapprocher de ce but.
- l’équité consiste à créer les conditions pour que chaque élève progresse par rapport à lui-même (à son degré de compétence à un moment donné), sans jugement de valeur ni concurrence avec ses pairs, par la seule confrontation à des repères communs du type des échelles de compétences. Nous avons bien conscience que cette position heurte les représentations individualistes dominantes de la réussite scolaire. Chaque année, avec chaque nouvelle génération d’élèves de Seconde, le travail sur ce plan reprend à zéro. Si nous ne gagnons pas à chaque fois, l’évolution des représentations chez nos élèves est pourtant encourageante.
¡Progresemos ! n’est donc pas une solution miracle pour résoudre tous les problèmes de l’école au niveau d’une seule discipline. Mais la continuité et la cohérence de l’action pédagogique portent leurs fruits, comme le montrent les enquêtes que nous conduisons auprès des élèves et le soutien qu’expriment les parents par leurs représentants.
Au lecteur qui ressent peut-être qu’une démarche analogue serait trop complexe à conduire dans son établissement et avec son équipe, nous voulons dire deux choses pour terminer. Certes, nous avons choisi de montrer qu’on est plus efficace si on agit à plusieurs niveaux à la fois, au niveau de l’établissement et de son organisation, par exemple, et pas uniquement au niveau de ses classes : si on réduit trop les domaines sur lesquels on intervient, on obtiendra nécessairement des avancées moins significatives. Mais le pire serait de s’interdire une transformation limitée au motif qu’on ne peut agir simultanément sur le reste. L’essentiel est de faire le premier pas et il peut avoir lieu dans n’importe lequel des domaines évoqués : les contenus d’apprentissage (nature des savoirs et des compétences, composantes de l’activité langagière etc.), la démarche d’évaluation (évaluation formative et régulatrice) ou l’organisation pédagogique (divisions pédagogiques, temps didactique, curriculum, travail en équipe etc.).